Chaque nouvel outil SaaS qu'adopte un cégep ou une université, qu'il s'agisse d'une intégration à la plateforme d'apprentissage, d'une synchronisation d'horaires, d'un service de surveillance d'examens ou d'un agent conversationnel, transmet des renseignements personnels d'étudiants ou d'employés à une entreprise externe. Depuis l'entrée en vigueur progressive de la Loi 25, entre septembre 2022 et septembre 2024, ce transfert doit être évalué, encadré par contrat et documenté avant de commencer.

Les obligations se font sentir à des moments prévisibles : quand on rédige un appel d'offres, quand un projet pilote devient discrètement un service en production, quand un contrat arrive à renouvellement, et quand un enseignant s'inscrit à une application gratuite avec une liste de classe. Cette liste de vérification s'adresse aux directions des TI, aux responsables de l'approvisionnement et aux responsables de la protection des renseignements personnels des cégeps et des universités. Elle explique la loi en termes généraux. Ce n'est pas un avis juridique : validez les particularités de votre établissement avec votre responsable de la protection des renseignements personnels ou vos conseillers juridiques.

Qu'exige la Loi 25 quand un établissement achète un logiciel SaaS ?

La Loi 25, de son nom complet Loi modernisant des dispositions législatives en matière de protection des renseignements personnels, a modifié les deux grandes lois québécoises en la matière : la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels, qui vise généralement les cégeps et les universités, et la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé, qui vise la plupart des fournisseurs. Pour un achat SaaS, six obligations comptent particulièrement.

La Loi 25 n'impose pas de format de journalisation. Mais ce sont les journaux qui permettent de répondre aux questions qu'elle soulève : qui a consulté ce dossier, qu'est-ce qui a changé, quand, et l'incident a-t-il créé un risque de préjudice sérieux ? Sans eux, l'évaluation d'un incident relève de la devinette.

Ce que coûte une erreur

Ce qui ne fonctionne pas

Se fier à un sceau de conformité. La mention « conforme à la Loi 25 » sur le site d'un fournisseur est un argument de vente. La conformité est une obligation de l'établissement pour un usage précis, et aucun fournisseur ne peut être conforme à votre place.

Confondre Canada et Québec. La règle de la Loi 25 porte sur les renseignements qui sortent du Québec. Un hébergement en Ontario, ou un soutien technique situé ailleurs avec accès aux données de production, constitue une communication hors Québec qui exige sa propre évaluation.

Accepter les conditions standards d'un clic. Les conditions d'utilisation en ligne prévoient rarement les mesures qu'attend la Loi 25 : usage limité au contrat, avis à votre personne responsable en cas de manquement, droit de vérification, destruction à la fin.

Faire l'EFVP après le projet pilote. À ce stade, les données ont déjà circulé, et l'évaluation devient une justification plutôt qu'une décision.

Oublier les outils gratuits. Une application gratuite à laquelle un enseignant s'inscrit avec une liste de classe implique quand même une communication de renseignements personnels. Votre politique doit en tenir compte.

La liste de vérification

Utilisez ces questions dans votre appel d'offres, votre questionnaire fournisseur et votre révision de contrat. Exigez des preuves, pas seulement des réponses.

Avant d'aller en appel d'offres

  1. Dressez la liste des renseignements personnels en cause : numéros de matricule, noms, inscriptions, notes, horaires, photos, mesures d'accommodement.
  2. Associez dès le départ votre responsable de la protection des renseignements personnels et, s'il y a lieu, votre comité sur l'accès à l'information et la protection des renseignements personnels.
  3. Lancez l'EFVP pendant la rédaction des exigences, pour que ses conclusions puissent les orienter.

Questions à poser au fournisseur

  1. Où exactement les données sont-elles hébergées, y compris les copies de sauvegarde, les journaux et la relève en cas de sinistre ? Une partie se trouve-t-elle hors Québec ?
  2. Quels sous-traitants (hébergeur infonuagique, courriel, soutien, analytique) peuvent accéder aux données, et où sont-ils situés ?
  3. Le produit conserve-t-il sa propre copie des renseignements personnels, ou lit-il et écrit-il dans vos systèmes ?
  4. Qu'est-ce qui est journalisé (connexions, accès aux données, exports, changements de configuration), pendant combien de temps, et l'établissement peut-il consulter ses propres journaux ?
  5. Les journaux sont-ils protégés contre l'altération, et évitent-ils de contenir des renseignements personnels en clair ?
  6. Dans quel délai le fournisseur vous avisera-t-il d'un incident de confidentialité, et qui communiquera avec vous ?
  7. Comment les vulnérabilités sont-elles gérées : délais de correction selon la gravité, tests d'intrusion indépendants, rapport consultable ?
  8. Le programme de sécurité est-il certifié (ISO 27001 ou SOC 2, par exemple) ou simplement aligné sur un référentiel ? Les deux peuvent convenir ; sachez lequel vous obtenez.
  9. Pouvez-vous exporter vos données dans un format technologique structuré et couramment utilisé ?

Dans le contrat

  1. Usage des renseignements personnels limité aux services prévus au contrat.
  2. Mesures de confidentialité et de sécurité décrites, pas seulement promises.
  3. Avis de toute violation ou tentative de violation à votre personne responsable, dans un délai fixé.
  4. Droit de vérification, ou de recevoir des preuves d'audit.
  5. Destruction ou remise des renseignements personnels à la fin du contrat, avec confirmation écrite.
  6. Entente écrite couvrant toute communication hors Québec relevée dans l'EFVP.

Après la mise en service

  1. Révisez les droits d'accès et les journaux d'intégration au moins une fois par année.
  2. Mettez l'EFVP à jour quand la portée change : nouveau module, nouveau champ de données, nouveau sous-traitant.

L'approche de LS2

LS2 Innovation est une entreprise montréalaise, et ses produits pour l'enseignement supérieur, Teameo, Classeo et Calendo, sont conçus pour répondre aux questions ci-dessus avec des documents plutôt qu'avec des slogans.

Les documents de référence sont publiés sur ls2.io : la déclaration des bonnes pratiques en sécurité informatique, la politique de gestion des vulnérabilités, la politique de consignation des événements et la politique de confidentialité, qui porte sur le site Web ; l'utilisation des produits est régie par les ententes signées avec chaque établissement. Les produits sont conçus pour répondre à la Loi 25 et au RGPD. Pour situer ces étapes dans un déploiement, lisez De la signature au premier cours : un plan réaliste d'intégration au SIE.

À retenir

  • La Loi 25 fait de la vie privée une étape de l'approvisionnement : on évalue le projet avant que des renseignements personnels n'atteignent un fournisseur.
  • Être hébergé au Canada, ce n'est pas être hébergé au Québec : toute communication hors de la province demande sa propre évaluation.
  • Le contrat doit préciser les mesures de confidentialité, l'usage limité, l'avis en cas de manquement, le droit de vérification et la destruction à la fin.
  • Exigez des preuves, comme des politiques, des extraits de journaux et des rapports de tests, plutôt qu'une mention « conforme à la Loi 25 ».
  • Validez l'application de chaque obligation à votre établissement avec votre responsable de la protection des renseignements personnels ou vos conseillers juridiques.

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Questions fréquentes

La Loi 25 s'applique-t-elle aux cégeps et aux universités ?

Oui. La Loi 25 a modifié les lois québécoises sur la protection des renseignements personnels, tant pour les organismes publics que pour les entreprises, et les cégeps et universités relèvent généralement de la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics. Concrètement : évaluations des facteurs relatifs à la vie privée pour les nouveaux systèmes, mesures contractuelles avec les fournisseurs et processus de gestion des incidents. Votre responsable ou vos conseillers juridiques peuvent préciser les détails.

Un cégep peut-il utiliser un fournisseur SaaS qui héberge les données hors Québec ?

La Loi 25 ne l'interdit pas, mais elle ajoute une étape. Avant de communiquer des renseignements personnels à l'extérieur du Québec, y compris dans une autre province canadienne, l'établissement doit évaluer s'ils bénéficieront d'une protection adéquate, en tenant compte de leur sensibilité, de la finalité, des mesures de protection et du régime juridique applicable. Une entente écrite est requise. Un hébergement au Québec évite cette évaluation supplémentaire pour l'hébergement lui-même.

Que doit faire un fournisseur après un incident de confidentialité ?

Prévenir l'établissement rapidement, avec assez de détails pour agir. Selon la Loi 25, l'établissement doit prendre des mesures raisonnables pour diminuer les risques de préjudice, inscrire l'incident dans son registre et, s'il présente un risque de préjudice sérieux, aviser avec diligence la Commission d'accès à l'information et les personnes concernées. Votre contrat devrait fixer un délai d'avis et exiger la collaboration du fournisseur et l'accès à ses journaux.

Une mention « conforme à la Loi 25 » suffit-elle pour un appel d'offres ?

Non. La conformité est une obligation de l'établissement, évaluée pour un usage précis : aucun fournisseur ne peut être conforme à votre place. Un fournisseur peut en revanche vous donner les preuves dont vous avez besoin : où les données sont hébergées, ce qui est journalisé et pendant combien de temps, comment les incidents sont traités, comment les données sont détruites à la fin du contrat et quels sous-traitants interviennent.